Il y a quelques années encore, on n’utilisait que très peu le terme de « procrastination ». En effet, cet art du « remettre à demain ce qui est possible aujourd’hui » renvoyait une connotation clairement négative. Autant face à un recruteur que face à notre chère maman, il valait mieux faire croire que nous étions tout sauf des « procrastinateurs » en puissance.

On s’est aperçu depuis, que la procrastination touche bien plus de personnes que l’on osait le dire. On le dit haut et fort, (ce qui amoindrit le sentiment de honte qui accompagnait ce « défaut »), nous sommes nombreux à savoir ce que c’est que procrastiner. Pour l’avoir expérimenté à maintes reprises. Il se pourrait bien que chacun d’entre nous ait – au moins dans certains domaines, ou dans certains moments de sa vie -, connu cette période de flemmingite aiguë où l’on exerce notre raisonnement avec habileté pour justifier le fait de ne rien faire là, maintenant, quand on le peut.

Cet article vous propose un bref aperçu des raisons  »neuronales » qui poussent l’homme à procrastiner, mais surtout, vous donne des astuces et des conseils pour essayer de vaincre cette tendance si elle vous empêche de vous réaliser comme vous le souhaitez.

Mais pourquoi tout le monde procrastine ?

Un peu de mécanique neuroscientifique, ou « comment notre cerveau décide de ne rien faire? »

Comme bien des gens, vous vous dîtes : « Puisque j’ai la volonté d’agir, pourquoi je ne déclenche toujours pas l’action? ». S’agit-il d’une volonté consciente? ou s’agit-il du mécanisme décisionnel? Car l’un et l’autre sont bien distincts.Pour mieux comprendre ce qui se passe dans notre cerveau, quelques petites explications s’imposent.

Grâce à des examens encéphalographiques, les scientifiques ont distingué clairement deux ondes cérébrales qui s’activaient quand une personne décide de passer à l’action. La première est précoce (elle arrive donc avant), et correspond à une préparation motrice face à la décision d’action. C’est à ce moment-là que l’on peut dire que la décision est prise, mais elle ne sait pas encore « comment » elle va se réaliser. L’onde numéro deux arrive plus tardivement et correspond au choix sélectif que la personne va faire sur le « comment » réaliser son action. Nous ne parlons ici que de millisecondes pour séparer ces étapes.

Donc :

  1. Le cerveau repère d’abord son objectif : correspond à la prise de décision (la question du « quoi? »)
  2. Il se prépare à agir en transmettant l’info au cortex moteur qui commande les membres. Et l’action se propage à travers les moto-neurones (z’avez l’image des neurones à moto? ben voilà, c’est ceux qui se déplacent super vite dans notre belle bio-chimie humaine, et qui font bouger notre corps en intervenant sur le tronc cérébral et la moelle épinière).

Est-ce-que la réflexion précède vraiment l’action ?

Dans ce schéma d’action volontaire, on se demande alors quel est le moment dans lequel intervient notre volonté consciente. On suppose évidemment que la conscience de vouloir agir intervient avant la préparation du cerveau à l’action (ou du moins, en même temps). Et c’est là que nous nous trompons!!!! On croit VOULOIR faire quelque chose avant de l’accomplir : et on a tout faux. Le neurochirurgien B. Libet l’a démontré dans une célèbre expérience de 1983. Son expérience a montré que le cerveau prépare l’action avant même que la personne ait conscience de la vouloir. (Ok, ça se joue autour des 300 millisecondes d’écart…mais n’empêche!)

Donc quoiqu’il arrive, il y a action puis conscientisation. Ceci explique que « vouloir faire » n’est pas suffisant pour engager l’action. Il y manque encore l’intervention divine… à moins que ce ne soit simplement la motivation. C’est la motivation qui pousse à agir. Mais…autant il y a des choses qui nous motivent d’emblée (réussir un concours, être recruté dans l’entreprise de notre choix, apprendre à surfer, etc.) ; autant il y a des choses qui ne riment pas avec motivation : faire ses devoirs, ranger sa chambre, faire son lit, apprendre l’allemand, dire à un collègue de parler moins près de nous…

Quand la motivation est là, tout va!

Quel est le mécanisme de la motivation ?

Quand le cerveau anticipe le résultat d’une action comme une récompense, des circuits neuronaux vont s’activer (pour au final libérer la dopamine qui est l’hormone du plaisir). Dans cette prévision, il est aisé de déclencher sa motivation, et donc l’action qui va amener au résultat recherché.

La grande question reste donc : comment se motiver quand on ne l’est pas?

Pour bien comprendre le lien entre procrastination, motivation et action, cette petite vidéo vous expliquera l’essentiel en toute simplicité (allez bien jusqu’au bout de la vidéo, car il donne des éléments précieux pour agir sur notre motivation et passer à l’action!:

https://youtu.be/Mpf-VS7Wid0

Quand la motivation s’en va…

Il reste souvent difficile de trouver la motivation pour certaines actions. Et justement, ces dernières sont freinées quand on prend le temps de la réflexion en amont.

C’est en effet notre façon de juger, d’évaluer la tâche, qui va nous ôter (ou nous empêcher d’atteindre) la motivation nécessaire pour la réaliser. Parce que l’on s’arrête à un jugement négatif en amont de la réalisation de la tâche. Ce jugement est le frein à toute action de la « to do list ».

Petit florilège des évaluations négatives des tâches… et leurs solutions !

La pénibilité :

Lancer une machine de lessive, aller l’étendre, le plier et le ranger…perso, j’ai abandonné le repassage, j’avoue, trop pénible. Plus de procrastination à l’horizon si on supprime la tâche (héhé ????)

  • Solution :

Ok, il y a des choses plus pénibles que d’autres à faire. Mais si on ne les faisait pas, aurions-nous autant de plaisir quand il s’agit « d’attaquer » les actions qui nous réjouissent? profite-t-on de la lumière sans avoir traversé la nuit?

Le temps :

Comme nous nous empressons de juger que cette tâche (qui plus est peu réjouissante) requiert de « sacrifier » une partie de notre précieux temps pour être effectuée, notre cerveau conclut de suite par : »Ça prend du temps! » Cette petite phrase, toute bête, très courte, suffit pour nous faire débrancher toute volonté d’aller plus loin. Si la tâche est jugée (trop) longue, c’est rédhibitoire d’entrée

  • Solution :

« Oui mais demain ça sera un temps de plus à rajouter à ma « to do list » qui du coup, ne désemplit pas, bien au contraire. Ai-je vraiment fait le choix de consacrer toute une journée à rattraper les tâches en retard?…Est-ce-que je crois vraiment que je serai plus motivé(e) pour faire demain ou dans 8 jours un tas de trucs qui me paraissent déjà « nuls » aujourd’hui? »

L’engagement :

« PPffff, aller, va falloir enfiler un jogging et conduire jusqu’à la salle de sport » (qui n’est pourtant qu’à 3 kilomètres!). Dans cet engagement, notre cerveau adhère sans plus réfléchir à l’adage : « c’est le premier pas le plus dur ». C’est ce jugement très populaire qui est la cause de maintes procrastinations. Pourquoi le premier pas serait « dur »?Parce qu’en partant avec ça en tête, c’est sûr, la motivation s’enfuit en courant. Alors on se dit que c’est « super relou » de sortir de chez soi pour aller courir une petite heure (…30 minutes?… 10 minutes?… enfin vous voyez l’idée).

  • Solution :

Et s’il suffisait de répandre une nouvelle vision des choses pour que notre cerveau envisage nos objectifs avec plus d’entrain?… « C’est le premier pas le plus défiant! » Ici on serait plutôt dans l’idée que faire le premier pas vers notre action, c’est se montrer capable, fier, courageux, déterminé.

Le qualificatif péjoratif :

« C’est chiant », ou « Pas intéressant, rien à en apprendre ».

Ici encore, ces jugements nous mettent en condition pour vivre un « mauvais » moment. Et de là dépend toute notre façon de ressentir la situation.

Pour une petite illustration :

Pensez à votre ado de 13-15 ans (ou plus, ou moins…) qui rechigne à aller à l’école, qui ne montre aucun plaisir à apprendre, qui n’a pas envie de fournir un effort pour se cultiver et multiplier ses compétences pour le futur… Comment se fait-il que lorsque vous croisez des ados en pays sous-développé, ils vous questionnent sur tout ce que vous avez la chance d’apprendre à l’école, au collège, en fac. Leurs yeux brillent d’envie, car ils ont compris le sens de l’éducation, la préciosité de cet accès qui leur est souvent empêché à cause de leur précarité financière, familiale, culturelle?

Ce qui crée cet écart, c’est la façon dont nous, adultes, transmettons des informations aux enfants : « Aïe, fini les vacances, demain retour à l’école, avec les examens, la cantine, les emplois du temps impossibles, les camarades moqueurs, le prof que t’aimes pas et qui crie tout le temps »…

Alors oui, aujourd’hui, c’est bien ce qui se passe dans nos écoles. Perte de motivation, augmentation du stress, apparition des phobies scolaires… perte de la quête du sens à développer ses savoirs. Si mêmes les adultes disent que c’est pénible, long, difficile…franchement, comment se sentir motivé pour un tel labeur?

  • Solution :

Retrouver le sens positif dans chaque expérience. Et commencer à le nommer ainsi. « Génial!! demain tu vas retrouver tes amis, tu vas apprendre encore plus sur cette matière qui te plaît tant, tu vas partager des tas de moments à me raconter le soir en rentrant. Quelle chance d’être un étudiant!! » Par répétition, l’apprentissage a lieu, et la croyance en ce que l’on désire mettre au devant de la scène se renforce.

Le manque de précision des objectifs :

« J’ai un tas/ une montagne de trucs à faire ». « Jamais je n’arriverai à venir à bout de tout ça ». Alors là, c’est certain, ça ne donne pas envie du tout. Se lever le matin avec cette pensée, c’est déjà se laisser persuader que 24H ne suffiront pas à faire tout ce que nous avons prévu de faire. Le cerveau créé à ce moment-là des images très parlantes :

  1. Arg ! la pile de lessive jusqu’au plafond, et le repassage qui s’ensuit!!!
  2. Aïe ! le dossier Dupond contre Dupont (827 pages recto/verso) à boucler avant 17h!!
  3. Oulala ! les courses à faire et le dîner à préparer pour les amis (exigeants) qui viennent fêter notre anniversaire ce soir!
  • Solution :
  1. Procéder par priorité : le plus important en premier, le reste on verra après.
  2. Découper ses taches en mini-taches, c’est-à-dire se fixer des objectifs intermédiaires. L’explorateur n’atteint pas le sommet de la montagne en le fixant sans arrêt. Il ne sait pas quand il y arrivera, ni s’il y arrivera. Il sait juste qu’il a envie d’y aller. Et il sait qu’il va tout faire pour, et que ce qui importe, c’est qu’il regarde où il est, et ce qu’il fait maintenant. En découpant vos gros objectifs en plus petits, vous organisez votre emploi du temps, vous hiérarchisez les actions, et comme vous n’êtes pas un super-héros, il se peut que le dossier ne soit pas bouclé ce soir, mais vous aurez la satisfaction de cocher les actions réalisées dans cet objectif, vous saurez les énumérées et en montrer l’investissement que cela a demandé. Et il sera évident que personne ne pourrait faire mieux que ce que vous avez fourni dans cet effort. Nul ne pourra vous reprocher d’être « à ce que vous faites ».

La justification pratique au manque de motivation.

Et enfin, pour transformer la vision de notre magnifique cerveau doué d’autant de plasticité qu’il serait dommage de ne pas la mettre à l’oeuvre, il reste à éviter quelques refrains « pro-procrastinateur » :

« Quand ça veut pas…ça veut pas! » = Seulement acceptable si vous avez au moins essayé, sinon, c’est quand-même bidon comme argument, non?

« A quoi ça sert d’essayer? » = à vérifier si on y arrive ou pas.

« C’est perdu d’avance » : Comment tu le sais? T’es medium?

« C’est trop compliqué pour moi » : A par toi, qui t’as traité de c** ?

Un peu sauvage sur la fin, hein? mais c’est simplement pour vous montrer qu’il faut parler fermement à notre bon vieux cerveau, car il a bien des difficultés à accepter le changement. Il faut donc être déterminé et insistant, mais je vous assure qu’il est capable de faire une véritable révolution de ses structures.

Il suffit d’essayer. A bon procrastinateur…

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