Définition

La procrastination est définie comme la tendance de toujours remettre au lendemain, (à ajourner, à temporiser) la décision ou l’exécution de quelque chose. Il est vrai qu’au départ on parlait de simplement « remettre à demain »… et quelque part, « demain », c’était pas si loin ! Mais le terme de procrastination connaît un essor sans pareil depuis quelques années. Et l’on s’aperçoit que c’est presque devenu un « principe actif » (cherchez le paradoxe!) du fonctionnement humain moderne.

Que disent les statistiques ?

En mars 2019, l’enquête Odaxa annonçait que 85% des français se déclaraient concernés par ce fléau (et 92% des jeunes entre 18 et 24 ans) ; En 2018 nous aurions même été déclarés « champions du monde de la procrastination »… Il y a même eu création d’une date spécialement dédiée à ce phénomène ( Le 25 mars pour ceux qui aiment la ponctualité. Quelques jours après si vous avez tendance à remettre au lendemain ???? ).

Mais rassurez-vous, il ne s’agit pas d’une journée destinée à ne rien faire véritablement, mais plutôt d’un temps de pause destiné à la réflexion collective sur le rythme effréné de notre monde moderne.

Faut-il condamner la procrastination ?

Il me semble que notre société a avant tout une (très) fâcheuse tendance à catégoriser le monde sur un mode binaire, le réduisant ainsi à sa plus simple définition : un monde OU blanc OU noir, dans lequel règne le « bien » ET le « mal », mais ces deux derniers ne pourraient plus coexister au sein d’une même personne, d’un même système, d’une même pensée. C’est une erreur de jugement, une heuristique bien trop simpliste pour coller à la richesse incommensurable de notre monde. Ce jugement qui paraît si pratique de prime abord, permet en effet des raccourcis qui économisent bien des efforts de réflexion, et donc, de remise en question. Mais c’est un jugement biaisé. C’est-à-dire : pas entièrement faux, mais peu proche de la vérité. ????

A quoi voit-on que l’on procrastine ?

Si vous sentez que votre tendance à procrastiner devient problématique ou que vous constatez que vous adoptez des comportements d’évitement qui se renforcent (fumer du cannabis, boire plus d’alcool que d’habitude, refuser le contact extérieur, passer des heures et des nuits sur des jeux en réseaux, etc.), alors il est nécessaire de vous inquiéter et de prendre soin de vous. Car rester dans ce type de comportement ne fera que renforcer votre sentiment d’impuissance et d’incompétence. Votre estime personnelle et votre confiance en vous vont diminuer rapidement, et bientôt le moindre effort, ou la moindre idée d’un changement, deviendra paralysante, complètement empêchante.

N’hésitez pas à contacter un psychologue (ou coach) pour vous aider à sortir de l’inaction et vous redonner la confiance en vous qui vous aidera à casser le cercle vicieux de la procrastination.

Comme écrit Kundera dans son œuvre « L’insoutenable légèreté de l’être » : « Les extrêmes marquent la frontière au-delà de laquelle la vie prend fin, et la passion de l’extrémisme […] est désir déguisé de mort. »

Idées reçues :

« Procrastiner c’est Mal ! » : FAUX !

C’est un jugement très répandu. Quand on vous voit en train de procrastiner, ou lorsque vous-mêmes sentez bien que vous n’êtes pas à l’endroit où vous devriez être, le sentiment de culpabilité est fortement réveillé. Le premier jugement que vous entendez résonner en vous répète en boucle : « Rôôô c’est pas bien ! Tu es fainéant(e) ! C’est mal de procrastiner ! Il ne faut pas ! ». Et si vous avez néanmoins l’esprit consciencieux, votre juge intérieur (ou votre père!) pourra dérouler longuement le listing de la mésestime de soi : « qu’est-ce-que tu vas devenir ? Il n’y a pas de place pour toi dans ce monde ; Tu ne vaux vraiment rien ; regarde-toi, tu es tellement inutile…etc. Etc. ». Je vous laisse compléter la liste avec vos propres expériences.

« Procrastiner c’est Bien ! » : FAUX !

(Mais quand-même, c’est mieux que le jugement précédent !).

Comme dit plus haut, notre société moderne nous entraîne à des courses de plus en plus effrénées et incessantes : courses pour finir le travail à temps, course pour aller récupérer les enfants avant la fermeture de la galerie, course pour tenter de retrouver sa liste de courses (!!!), etc, etc, etc.

dans cette ambiance quotidienne, il devient vital d’apprendre à ralentir, de sortir la tête du guidon (ou de l’eau) et de regarder à quoi ressemble notre vie avec un zoom arrière. Sinon, tel le bélier, nous pouvons continuer de foncer dans des portes déjà ouvertes, sans jamais savoir où nous arrêter.

Alors ré-apprendre à prendre du temps pour faire certaines choses est une respiration essentielle à notre équilibre interne.

L’épuisant effort de procrastination

Une chose assez effarante que les gens ont du mal à réaliser, c’est à quel point le fait de procrastiner peut demander plus d’efforts que de simplement faire (ou décider de) quelque chose.

Avant décider de quel type de procrastinateur vous êtes (« professionnel diplômé », « simple étudiant » ou « normalement normal »), prenez le temps de considérer ceci.

La procrastination renvoie souvent à un jugement péjoratif, pour la bonne raison qu’il fait naître en soi un sentiment d’une culpabilité très inconfortable. A moins d’être une personnalité perverse, vous accédez à la culpabilité sur votre propre personne. (sinon, ne me contactez pas, c’est incurable).

Pourquoi la procrastination demande plus d’efforts que de décider ou faire ce qui était prévu ?

Ce sentiment-là, pour être combattu par notre mental inconfortablement juché, sollicite en réalité un effort de réflexion très important pour trouver comment justifier le fait de procrastiner : il faut trouver un argument suffisamment valable pour vous auto-convaincre que ce n’est pas si grave/important/urgent, et pour convaincre au passage celui qui ne manquera pas de vous demander : « Pourquoi tu ne fais pas encore ce que tu avais prévu ? ». cet effort est nommé en psychologie « effort de justification ». (décrit par Léon Festinger dans sa théorie de la dissonance cognitive. Précisions dans un très prochain article  ????).

Qu’est-ce-qu’elle en pense la psy ?

Bien sûr, il m’est impossible de faire l’éloge de la procrastination. Évidemment, si ce trait de comportement s’étend à toutes vos tâches et activités quotidiennes, là, ça pose problème. Parce que TOUT repousser éternellement ne peut rien produire de bon. Puisque c’est l’équivalent de : ne rien produire du tout !

Moralité 

Comme dans tout comportement, il est bon d’éviter les extrêmes. N’essayez pas de fuir la procrastination à tout prix, elle est fort utile pour prendre du recul sur les choses que nous avons à faire ou à décider. Mais en faire un mode de vie vous amènera à la néantisation, et ça, c’est tout de même un problème.

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